Professeur Frédéric Kridelka
Chef du service de gynécologie-obstétrique au CHU de Liège

Le point sur ce cancer et ce test novateur avec le Professeur Frédéric Kridelka, Chef du service de gynécologie-obstétrique au CHU de Liège.

Quelle est la cause du cancer du col de l’utérus ?

Frédéric Kridelka – Ce cancer, qui se développe dans une région située au sommet du vagin et à la base de la matrice, est causé par un virus sexuellement transmissible : le papillomavirus. D’autres facteurs augmentent le risque de développer la maladie, comme le tabac et les médicaments diminuant l’immunité. L’infection par le virus est fréquente mais souvent transitoire ; seules 1 à 2 % des femmes qui le contractent développeront un cancer. Les symptômes les plus fréquents du cancer sont les saignements gynécologiques provoqués par un rapport sexuel. Les traitements sont lourds - chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie - et affectent fréquemment la fonction urinaire et intestinale. Dans la majorité des cas, les patientes ne peuvent plus envisager une grossesse ultérieure et n’ont plus de rapports sexuels satisfaisants. En cas d’insuccès du traitement, la progression de la maladie engendre des complications majeures et une fin de vie particulièrement difficile.

Combien de femmes sont affectées en Belgique ?

F.K. - Ce cancer touche 650 femmes par an en Belgique, dont 300 décèdent. L’âge moyen de survenue de la maladie est de 54 ans. Un dépistage optimal permet de détecter la maladie à son stade précancéreux, rendant la maladie hautement guérissable. La prévention de ce cancer doit donc être une priorité en termes de pratique pour les médecins et en termes d’organisation pour les responsables gouvernementaux. En effet, la prévention du cancer du col n’est efficace que si plus de 80 % de la population se soumet régulièrement au test de dépistage. Elle doit tenir compte des aspects budgétaires disponibles et de l’efficacité réelle des méthodes de protection.

Comment s’opèrent la prévention et le dépistage ?

F.K. - La prévention s’opère traditionnellement par vaccination pour les adolescentes - mais moins de 30 % d’entre elles en bénéficient en Fédération Wallonie-Bruxelles - et par frottis du col utérin pour les 25-64 ans - mais seules 58 % y recourent. Une autre technique de prévention est le test HPV, désormais recommandé par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE) et l’Institut scientifique de santé publique (ISP). Il consiste à identifier le virus lui-même dans le liquide obtenu lors du frottis du col utérin. La capacité de ce test à rassurer les patientes est de 90 %, contre 50 à 60 % pour le frottis « classique ». Il ne doit en outre être effectué que tous les 5 ans, contre tous les 3 ans pour le frottis. Le test HPV s’adresse à toutes les femmes à partir de 30 ans tandis que le frottis reste recommandé avant 30 ans. La généralisation de ce test et une couverture optimale de la population permettraient, sur 100.000 femmes, de détecter 240 cancers supplémentaires par an et d’éviter 100 décès. Elle engendrerait en outre une économie de quelque 15 millions d’euros.