C’est en tout cas ce qu’affirme le Dr Luc Colemont. Pendant 28 ans, il a officié en tant que spécialiste des maladies gastro-intestinales à l’hôpital anversois Sint-Vincentius et essaie aujourd’hui d’enrayer la maladie par le biais de son A.S.B.L. Stop Darmkanker. Son message est sans équivoque : n’hésitez pas à pratiquer un auto-examen très simple, car celui-ci peut vous sauver la vie.

« En Flandre, chaque jour, 18 personnes se voient poser un diagnostic de cancer colorectal ; en moyenne, 5 familles flamandes par jour perdent un proche des suites de cette maladie. Dans toute l’Europe, 580 personnes décèdent quotidiennement du cancer colorectal. Ces chiffres sont particulièrement élevés et ce qui me gêne encore plus, c’est qu’ils peuvent être évités.  Malheureusement, la population n’en est pas encore assez consciente. »

 

« Le cancer colorectal se développe très lentement
(en moyenne sur 8 à 10 ans) et il existe un test
extrêmement simple qui permet de détecter

la maladie à un stade précoce. »

 

Que faut-il faire concrètement pour réduire ces chiffres vertigineux ?

« Le cancer colorectal est une maladie qui peut parfaitement se dépister précocement. L’Organisation mondiale de la Santé a déterminé des critères à cet effet et le cancer colorectal satisfait idéalement à ces normes : la maladie est fréquente, elle touche aussi bien les hommes que les femmes (contrairement, par exemple, au cancer du sein ou au cancer de la prostate), et il y a un signe avant-coureur évident sous la forme de polypes qui peuvent être dépistés. »

« Le cancer colorectal se développe très lentement (en moyenne sur 8 à 10 ans) et il existe un test extrêmement simple qui permet de détecter la maladie à un stade précoce. Tout le monde peut aisément effectuer ce test à domicile au moyen d’un examen tout simple. Ce n’est vraiment pas compliqué. Un confrère l’a baptisé le "test du mascara" : il suffit d’examiner vos selles à l’aide d’une petite brosse. Ce test peut dépister précocement des polypes et le cancer colorectal, et éviter le recours ultérieur à des médicaments très onéreux. Le test vous permet donc aussi d’économiser des frais. Il suffit de le savoir et… de le faire ! »

 

S’agit-il du même test que celui proposé actuellement par les services publics flamands dans le cadre de leur dépistage au sein de la population ?

« En effet. Depuis octobre 2013, toutes les personnes en Flandre âgées entre 55 et 74 ans ont la possibilité d’effectuer ce test gratuitement. Jusqu’à présent, 52 % de la population participent, ce qui est un bon début, mais ce chiffre doit à tout prix augmenter. Si le cancer colorectal est dépisté au stade précoce de la maladie, les probabilités de guérison dépassent les 90 %. Au stade IV, les probabilités chutent malheureusement à 10 à 15 %, car on parle alors de métastases. Le message est donc on ne peut plus clair : plus la maladie est dépistée précocement, mieux c’est. »

 

L’âge joue apparemment un rôle significatif dans la percée de la maladie.

« C’est en réalité assez relatif. La Commission européenne a proposé d’instaurer le dépistage à partir de l’âge de 50 ans. J’en suis d’ailleurs un fervent partisan. Savez-vous qu’un patient sur sept atteint du cancer colorectal est même plus jeune que 50 ans ? J’espère que les services publics flamands trouveront vite les moyens nécessaires pour étendre le dépistage au sein de la population. En Wallonie, on débute effectivement à 50 ans. Une étude récente a démontré que le taux de mortalité des suites du cancer colorectal est en augmentation dans la tranche d’âge des 50 à 55 ans. Les personnes qui n’entrent pas encore ou qui n’entrent plus en considération pour le dépistage peuvent demander elles-mêmes le test par le biais de leur médecin traitant, ou peuvent obtenir ce test en pharmacie. De plus en plus d’entreprises prennent aussi conscience de l’importance de cette problématique et proposent un dépistage à leur personnel. Dans tous les cas, il est préférable de ne pas attendre de déceler les symptômes potentiels, car alors, le cancer colorectal a souvent déjà atteint un stade avancé. »

 

Quels sont les symptômes du cancer colorectal ?

« Le cancer colorectal peut engendrer des pertes de sang par les selles, des douleurs ou des crampes abdominales persistantes, un changement dans la texture des selles et une anémie. Un net amaigrissement peut aussi être la conséquence d’un cancer colorectal. Ces symptômes peuvent toutefois aussi tenir à d’autres causes. Mais je ne soulignerai jamais assez qu’il ne faut certainement pas attendre l’apparition des symptômes pour se soumettre au dépistage. »

 

Peut-on prévenir le cancer colorectal ?

« L’alimentation joue en effet un rôle important : il faut manger suffisamment de fruits et légumes, modérer sa consommation de viande et d’alcool, etc. Adopter un mode de vie sain peut prévenir de nombreuses maladies, mais cela ne suffit pas. L’importance du dépistage ne peut être négligée : chaque petit polype ne mène pas systématiquement au cancer colorectal, mais dès qu’on en découvre un à un stade précoce, le spécialiste peut l’exciser dans le cadre d’un examen intestinal ou d’une coloscopie. »

 

Des progrès ont-ils entre-temps été enregistrés dans la recherche sur le cancer colorectal ?

« Je prépare en ce moment un cycle de conférences sur le rôle de notre flore intestinale dans la survenue du cancer colorectal. La question essentielle consiste naturellement à savoir pourquoi une personne développe ou non un polype. La cause possible pourrait résider dans la flore intestinale. L’être humain renferme des bons et des mauvais microbes. Il se peut que les moins bons microbes soient à la base de l’apparition de polypes dans les intestins. Il s’agit là d’une piste valable, qui peut conduire à de nouvelles techniques thérapeutiques. Mais en 2017, une chose est claire : le meilleur traitement est encore le dépistage précoce. »

 

Après votre carrière active en tant que médecin, vous vous consacrez pleinement à l’A.S.B.L. Stop Darmkanker. Quelle est la mission de l’A.S.B.L. ?

« L’information constitue la première étape dans la lutte contre le cancer colorectal. Pour ce faire, nous recourons surtout aux médias sociaux, mais les médias traditionnels peuvent eux aussi nous aider. Nous continuons quoi qu’il en soit d’enfoncer encore et toujours le même clou, que ce soit par le biais de conférences, de notre "Reuzendarm" ou d’autres actions. Partager les connaissances peut en effet sauver des vies. »