Dominique Bron, l’Institut Jules Bordet

En quoi l’évolution du traitement contre le cancer est-elle capitale aujourd’hui ?

Dominique Bron : « On estime que, demain, une personne sur deux sera touchée par le cancer. Le défi est donc conséquent pour les oncologues de demain. Heureusement, la majorité des personnes atteintes n’en décèderont pas. L’évolution des traitements a effectivement progressé à toute allure ces dernières années, notamment en matière de thérapies ciblées et d’immunothérapie. »

En quoi consiste la thérapie ciblée ?

D.B. : « La thérapie ciblée vise à détruire la cellule tumorale sans provoquer de dégâts collatéraux, comme c’est le cas en chimiothérapie. Prenons par exemple un cas de leucémie myéloïde chronique. Comme tous les cancers, elle provient d’un accident génétique qui entraîne la prolifération de cellules anormales. Grâce aux nouvelles technologies d’analyse, nous pouvons par exemple constater la présence de deux gènes côte à côte, qui sont normalement supposés se situer sur des chromosomes différents. Ces deux gènes donnent naissance à une protéine responsable de la prolifération des globules blancs et donc de la leucémie.

Il n’est pas possible de réajuster le gène mal placé : la solution, dans ce cas, est de neutraliser cette protéine anormale grâce à un médicament qui bloque la phosphorisation, afin d’éviter la prolifération des globules blancs. Il s’agit là d’un exemple de thérapie ciblée.        

Nous avons en outre constaté que ce médicament ne devait pas être pris définitivement : nous pouvons en effet déterminer un seuil sous lequel les défenses immunitaires du patient prennent le relais. »

Qu’en est-il justement de l’immunothérapie ?

D.B. : « La tumeur est vicieuse : elle peut désarmer notre système immunitaire en neutralisant les lymphocytes programmés pour nous protéger. Le succès des traitements actuels est donc capital, car nous nous intéressons enfin à notre système immunitaire, neutralisé par la tumeur. Pour ce faire, différentes approches existent afin de stimuler nos lymphocytes T pour qu’ils nous défendent. »