Thierry Pieters, Cliniques universitaires Saint-Luc

En quoi consistent les nouvelles thérapies pour lutter contre le cancer du poumon ?

Thierry Pieters : Ce sont des anticorps monoclonaux, développés par le génie génétique, pour bloquer des interactions entre notre système immunitaire et les cellules cancéreuses. Ces interactions empêchent notre système immunitaire de s’activer et ainsi de reconnaître la tumeur cancéreuse comme un hôte étranger. La libération des points de contrôle - ou checkpoints - permet de réactiver la réponse immunitaire antitumorale avec des réponses jamais vues dans la chimiothérapie.

Dans quels cas ces traitements sont-ils utilisés ?

TP : Ce traitement est disponible en 2e ligne - après la 1re ligne qu’est la chimiothérapie - depuis l’été 2015 grâce à un programme médical offert par la firme qui produit et développe ce traitement. Il est remboursé depuis le 1erjanvier 2017. Pour la 1re ligne, une étude de phase 3 a bien montré sa supériorité sur le taux de réponse pour les cancers du poumon dits « non à petites cellules ». Le taux de progression de la maladie après traitement est retardé de trois à quatre mois, avec des résultats très positifs aussi pour la survie des patients. Ceux-ci sont sélectionnés sur la base d’une haute expression du ligand PD-L1 (Programmed Death-Ligand1), qui intervient dans les checkpoints en se couplant au récepteur PD-1. C’est ce dernier qui sera ciblé par l’anticorps monoclonal.

Quels sont le rôle et l’importance de ce marqueur ?

TP : C’est un « empêcheur de tourner en rond » : il bloque le système immunitaire. Grâce à l’ingénierie, nous avons à présent des anticorps pour débloquer cette clé et ouvrir les connexions immunitaires, avec bien sûr un risque de maladies auto-immunitaires pour le patient. Pour certaines immunothérapies de 2e ligne, vous n’avez pas besoin de sélectionner votre patient sur la base de PD-L1 : une bonne proportion de patients sans ce PD-L1 présente une bonne réponse. Pour le traitement de 1re ligne, en revanche, il est également important de sélectionner le patient sur la base d’une haute expression de PD-L1 car c’est sur cette base que l’étude de phase 3 a montré ses très bons résultats. Des études sont actuellement en cours en 1re ligne pour les patients exprimant moins PD-L1.