Dre Isabelle Salmon, ULB

Où en est-on dans la recherche en cancérologie ?

Isabelle Salmon - Plusieurs types de recherche coexistent : ceux qui se rapportent au diagnostic du cancer, d’une part, et les développements thérapeutiques anticancéreux, d’autre part. Certains combats contre le cancer ont pu être gagnés, car on s’est attaqué à ces différents aspects de manière concertée.

Sur le terrain, ceci est néanmoins relativement complexe, dans la mesure où les approches et les cultures diffèrent entre les recherches fondamentale, clinique, préclinique, industrielle et académique. Il est donc impératif de dépasser les guerres de clocher pour que tous les chercheurs puissent travailler ensemble en vue de l’objectif final qui est l’amélioration de la prise en charge de nos patients.

Comment cela se passe-t-il en Belgique ?

I. S. - Nous avons énormément de chance : nous bénéficions d’un réseau prodigieux, à la fois sur le plan académique et sur le plan industriel ; la qualité de soins est exceptionnelle dans notre pays ; nous avons beaucoup de startups, de spin-offs issues des universités, de supports dans les universités, d’industries pharmaceutiques, etc. Tout cela constitue un creuset intellectuel où règnent énergie et enthousiasme qui assurent une recherche à visibilité forte à l’échelle internationale.

Sur quel type de recherche travaillez-vous en particulier ?

I. S.- Dans notre service d’Anatomie Pathologique de l’Hôpital Érasme, en collaboration avec la Région wallonne où est situé notre laboratoire de recherche DiaPath, nous menons des projets qui visent à identifier des biomarqueurs à des fins diagnostiques et pronostiques, pour la prise en charge des patients cancéreux. L’anatomie pathologique, qui consiste à analyser des échantillons de tissus prélevés sur les patients, est un métier primordial, qui assure un diagnostic fiable. Sans diagnostic correct, pas de traitement adéquat !

Avant de se développer, un cancer est, par exemple, simplement un ganglion ayant augmenté de taille, une petite tâche pulmonaire, un grain de beauté anormal, etc. Le diagnostic posé à partir des prélèvements cellulaires et tissulaires de ces lésions permet de valider la suspicion clinique de cancer, mais surtout d’en préciser le pronostic.

Votre recherche vise in fine à améliorer les diagnostics.

Ce qui nous permet de mieux guérir les patients, c’est de mieux diagnostiquer les cancers et d’offrir des traitements beaucoup plus personnalisés

I. S. - Oui, et ainsi à mieux caractériser chaque type de cancer, à aider au choix thérapeutique adéquat, à prédire au mieux comment les patients vont répondre aux nouvelles thérapies. Il y a en effet une très grande hétérogénéité entre les différents types de cancers. Autrement dit, chaque cancer a des caractéristiques propres, a sa biologie propre, de sorte que chaque patient évolue de manière spécifique. Certains cancers très agressifs vont se disséminer rapidement et nécessitent un traitement de choc ; d’autres, plus indolents, pourront être suivis pendant des années, éventuellement même sans traitement.

Quelles ont été les avancées récentes dans la recherche ?

I. S. - Ces dernières années, ce qui nous a permis de mieux guérir les patients, c’est précisément à la fois de mieux diagnostiquer les cancers et d’offrir des traitements beaucoup plus personnalisés. Du côté des diagnostics, de nouveaux biomarqueurs apparaissent chaque mois dans la littérature scientifique. Il s’agit là d’outils que l’on peut utiliser en clinique après validation.

Et en matière de traitements ?

I. S. - On peut désormais donner aux patients des traitements ciblés. Ceci peut se résumer par la formule « Donner le bon médicament au bon patient au bon moment ». Ceci a notamment pour avantage de ne pas administrer de thérapie inefficace et donc d’éviter les effets secondaires inutiles. À mesure que la recherche scientifique met en évidence de nouvelles cibles potentielles, l’industrie pharmaceutique développe des thérapies contre ces cibles.

Il est fort probable que dans les années à venir, nous aurons un armement de plus en plus diversifié pour lutter efficacement contre le cancer, grâce à la multiplication de ces thérapies ciblées. C’est entre autres grâce à cette approche que la mortalité due au cancer du sein a chuté de façon drastique au cours des dernières années.

Cette recherche nécessite des moyens importants…

I. S.- « Effectivement ! Heureusement, depuis bien des années, en ce qui nous concerne, le Fonds Erasme nous permet de réaliser toutes ces recherches diagnostiques cliniques. Sans son apport financier ainsi que ceux du Fonds Y Boël et du FNRS,  la recherche diagnostique clinique aurait tout simplement difficile de se développer. Les mécènes privés sont très dynamiques et ce qu’ils apportent à la recherche est extraordinaire en Belgique. Ils sont nécessaires, la recherche et en particulier la recherche académique étant de moins en moins bien  financées dans notre pays ».